Afrique - articles archivés

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Suite à la parution du rapport d’une commission Rwandaise apportant un nouveau lot d’accusations à l’encontre de la France et de son rôle honteux pendant le génocide de 1994, le Figaro a publié deux articles illustrés par la photo suivante :

Le génocide, c'est que du bonheur !

Évidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de commenter. Choisir comme illustration d’un article sur l’intervention de la France dans le génocide Rwandais l’image d’un soldat Français dans une pose bienveillante auprès de deux enfants Rwandais ravis avec en arrière plan deux femmes souriantes est d’une malhonnêteté éditoriale crasse. La vérité historique du rôle de la France est encore sujette à controverse, mais une chose est certaine : l’immonde massacre organisé pendant lequel une large tranche de la population Rwandaise menée par des extrémistes a exterminé 10% des habitants du pays en cent jours sous les yeux de la communauté internationale n’a rien à voir avec cette photo dans la droite ligne de la propagande qui a entourée l’opération Turquoise. J’ai ajouté à mon commentaire qu’il est heureux que le ridicule ne tue pas car le génocide serait loin d’être terminé.

Apparemment mon commentaire n’a pas plu aux censeurs du Figaro qui ont tôt fait de le faire disparaître. On peut applaudir la fidélité de ce journal à la ligne du gouvernement. C’est exactement le genre de comportement qui explique pourquoi après quatorze ans la France n’a toujours pas fait face à ses responsabilité et assumé son rôle dans la crise Rwandaise. Un débat démocratique est nécessaire, les archives doivent être ouvertes et la vérité doit émerger. Peut-être que la France n’a pas été plus mauvaise qu’ailleurs ou peut-être qu’elle s’est abandonnée à des errements coupables. Quoi qu’il en soit il ne s’agit pas de faire de l’auto-flagellation gratuite, mais simplement d’admettre nos erreurs et de les expliquer pour qu’elles ne soient pas reproduites.

Le fait que certains responsables politiques de l’époque soient toujours en activité ne facilite pas la transparence. Mais contrairement à ce que pensent les pseudo-défenseurs de l’honneur de la France, continuer à tourner le dos au débat n’est pas un service que nous rendons à notre pays !

Et si ces accusations sont si fausses, les personnes visées feraient bien de porter plainte pour diffamation – ce serait l’occasion du déballage tant attendu. Ou peut-être qu’elles ont des choses à cacher.

En apprenant son annulation cette année, j’ai aussi appris que le rallye Paris – Dakar existe encore. Malgré ma tristesse profonde face à la disparition de dernière minute d’un aussi beau support publicitaire, je me dois de réagir en contribuant des propositions concrètes pour redresser la situation.

Le coeur de la difficulté est la problématique sécuritaire. A défaut d’avoir la compétence ou même la volonté de la résoudre sur le pas de sa porte, notre gouvernement bien-aimé a au moins les moyens armés pour y faire face. Qui plus est, ses membres éminents ont maintes fois démontrés leur penchant pour les opérations de communication sur ce thème. Alors qu’attendent-ils donc pour développer les formidables opportunités que l’on devine l’eau à la bouche ?

Les forces armées Françaises escorteront la caravane du Dakar pour en assurer la protection. Les membres du gouvernement en tireraient le bénéfice immédiat d’une place de choix dans le paysage audiovisuel pour montrer à quel point ils ont à coeur la sécurité des citoyens.

En retour, chaque concurrent du rallye embarquera à bord de son véhicule un immigré en situation irrégulière. L’épreuve sera ainsi repackagée en tant que course au ramenage d’étrangers dans leur pays d’origine. Quelle magnifique synergie symbolique entre le bel esprit sportif du Dakar et la diligence de notre sympathique gouvernement à protéger la prospérité de la nation !

La sécurité pour nos sportifs, de la gloire pour nos soldats, de la crédibilité pour notre chef bien aimé, une caravane publicitaire avec démonstration itinérante pour l’industrie de l’armement et une louable contribution aux efforts du ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement pour atteindre ses objectifs… Qu’attend-t-on ? Notre gouvernement manquerait-il d’imagination et d’audace ?

J’en profite pour noter que comme son nom ne le laisse pas supposer au néophyte naïf que je suis, les objectifs du ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement se mesurent en nombre d’expulsions (pardon, on dit maintenant “éloignements” parce c’est moins violent) d’étrangers en situation irrégulière – toute ressemblance avec les exercices d’inversion sémantique popularisés par un oeuvre littéraire célèbre avec un titre en quatre chiffres ne serait que fortuite.

Avant-hier soir, poussé par deux compatriotes de l’artiste, j’étais à Neuilly écouter le jazz afro-latino de Richard Bona en concert avec une sympathique petite bande de chouettes musiciens. Un poil court mais truffé de quelques surprenants morceaux de bravoure.

Je retiens particulièrement l’improvisation polyphonique d’inspiration Sud Africaine de Richard Bona a capella avec lui même et un petit échantilloneur à l’aide duquel il rajoute couche vocale après couche vocale, enrichissant sa composition à chaque boucle – aussi joli qu’original !

Avisant les boulets qui tiennent leur terminal mobile à bout de bras, Richard Bona a exprimé son désarroi. Il explique en substance : “Vous me filmez avec vos petits téléphones et leurs horribles micros, et demain les vidéos tremblotantes seront sur Youtube avec un son pourri. Ceux qui découvriront ainsi Richard Bona se diront que finalement ce n’est pas formidable – it’s not fair !”. Et il enchaine sur une improvisation qu’il ponctue de diverses vocalises au milieu desquelles on trouve un “piratez-moi mais piratez-moi bien” et “non au son pourri” – au moins ça a fait rire le public.

Il ajoute que quitte à enregistrer son concert, autant s’adresser à son ingénieur du son et se brancher en sortie de la table de mixage. Le prenant au mot, je vais après le concert discuter avec l’équipe de l’ingénieur du son et je leur demande si Richard Bona permet réellement un tel enregistrement de ses concerts. Ils m’ont répondu qu’il n’était probablement pas sérieux, qu’il disait probablement ça pour plaisanter et qu’ils n’avaient en tout cas jamais vu ça.

Pourtant, bien d’autres l’on bien fait avant lui. Les plus célèbres sont certainement Grateful Dead qui ont largement innové en encourageant et facilitant l’enregistrement de leurs concerts afin d’exploiter leurs fans comme un énorme levier de promotion.

Ces pratiques ont leur origine dès la fin des années 60 et ses sont propagées depuis, largement grâce à la décision de Grateful Dead d’en faire une partie intégrante de son business model. Aujourd’hui, les héritiers de l’ancêtre des jam bands ont continué à entretenir cette relation fructueuse avec leur public. Par exemple, Dave Matthews Band publie une charte officielle définissant le cadre des enregistrement par le public.

Le fil directeur du processus est de favoriser l’interaction des fans par laquelle est promu non pas le l’enregistrement musical lui-même mais l’univers artistique au travers de lui. Tous les fans vous le diront : un album de studio c’est du petit son en boite avec plein de conservateurs – pour prendre toute la mesure des sensations que procure les artistes, rien ne remplace la scène. Et c’est évidemment la raison pour laquelle le cas des jam bands reste particulier : leur produit c’est l’immersion scénique, et c’est pourquoi l’enregistrement peut être utilisé comme moyen de promotion.

On peut remercier Grateful Dead pour avoir su trouver le business model qui accompagne harmonieusement la culture extrêmement libérale dans laquelle le groupe et ses fans ont évolué. Rien que dans le cas de Grateful Dead plus de 3000 spectacles enregistrés sont librement disponibles en ligne. Mais ce n’est probablement que le début d’une culture qui continue à se propager à mesure que des artistes comprennent comment exploiter la relation symbiotique qui les unis à leurs fans, pour l’amour et pour le profit.

afrique@listes.univ-lyon1.fr est une liste de discussion francophone sur l’Afrique. Elle est morte il y a bien longtemps après un long déclin de l’intérêt de ses participants, un peu à cause du rôle croissant de blogs et forums comme lieux d’échanges pour les communautés d’intérêt, mais aussi et surtout à cause de son rapport signal bruit tout à fait désastreux. Entre le spam politique, les dialogues de sourds et autres propagandes autistes, l’ambiance y était devenue franchement désagréable.

C’est dommage parce que John Tra, son fondateur était parvenu à attirer une petite communauté comportant quelques figures sympathiques. Mais le café du commerce Africain de John a vécu. Comme j’ai trouvé dommage que les échanges disparaissent sans laisser de trace, j’ai récupéré grâce à John les archives de la liste. La liste a été crée en 1996 mais les archives ne sont disponible qu’à partir de 2002 – les lecteurs s’en contenteront mais je regrette de ne pas avoir la partie 1996-2002 car c’est sûrement la plus intéressante.

J’ai d’abord expurgé la liste des abus les plus grossiers, puis j’ai éliminé les messages sans sujet et donc impossible à relier à un fil de discussion. Ensuite j’ai utilisé Mhonarc pour générer une représentation HTML de l’archive à partir du mbox que Sympa m’avait servi.

Et voilà – je ne sais pas vraiment qui peut être intéressé à part une poignée de nostalgiques, mais au cas où et pour ceux qui y tomberont par hasard au détour d’un moteur de recherche : voici les archives 2002-2006 de afrique@listes.univ-lyon1.fr !