Les cimetières sont remplis de gens indispensables, mais il serait quelque peu prétentieux d’en conclure logiquement que notre employeur fera faire assassiner les meilleurs d’entre nous… L’efficacité de la fonction RH n’a, quoiqu’on en pense, pas encore atteint de tels sommets.

Je dis “fera faire” parce que si notre employeur voulait ainsi alléger ses OPEX, il s’agirait évidemment d’une fonction externalisée – en guichet et au forfait comme dans les best practices des plus dynamiques startups sous-traitantes de la Spaghetti Valley Sicilienne.

Le suivi des indicateurs et le pilotage de l’activité aurait lieu via une application mobile décorée d’un logo humoristique, histoire de rappeler subtilement aux employés que le boulot doit avant tout être fun. Et pour une fois dans un projet informatique je prendrait comme compliment qu’on me dise que la phase de tests a été un carnage.

La norme EXIF mentionne SubjectDistanceRange mais ce n’est généralement pas une distance – cette valeur est généralement totalement inutilisable. FocalDistanceUpper et FocalDistanceLower semblent rarement disponibles – et lorsqu’elles le sont il y a toujours SubjectDistance qui est bien plus prometteur.

SubjectDistance est donné aux boitiers compatibles E-TTL II par les objectifs Canon E-TTL II, en fonction de la rotation de la bague de mise au point – c’est donc la distance de mise au point, qui n’est la distance au sujet que si la mise au point a bien eu lieu sur le sujet… Ce qui est loin d’être garanti – mais gageons que c’est le cas.

Cette liste d’objectifs compatibles et incompatibles date de 2004 mais c’est mieux que rien. Vu le peu de coopération de la part de Canon dont les autres fabricants bénéficient pour assurer la compatibilité de leurs objectifs (Canon ne leur donne même pas les spécifications du protocole de communication), on peu s’attendre à ce que quasiment aucun objectif non-Canon ne fournisse la distance de mise au point.

Vu que la valeur est liée à la mise au point, la progression est logarithmique et donc d’autant plus précise que la distance est faible. Ca c’est la bonne nouvelle. La moins bonne c’est que ce n’est pas une progression continue – il y a des marches d’escalier qui pourraient rendre la précision inacceptable . A part ça, l’infini commence entre 80 et 500 mètres…

Au Nikonland, SubjectDistance s’appelle ApproximateFocusDistance et à vue de nez le principe est le même. Vu que ce n’est pas un champ normalisé par l’EXIF, pourquoi se priver de choisir un nom différent ?

En faisant réviser une leçon de géographie à Pauline, j’ai trouvé un digne successeur à la réplique “On a cours où ? En Guyane !” dont je ne peux plus abuser vu que ma carte d’étudiant est depuis fort longtemps expirée… La prochaine fois qu’on me demandera où est la réunion, je répondrai “Dans l’Océan Indien”.

J’ai hâte de fatiguer mes collègues avec ça et j’espère être la cause de l’extrême irritation des collègues auprès de qui les premiers iront en abuser. Peut-être même qu’une génération entière de salariés trouvera ici l’étymologie de ce nouveau même populaire et me maudira copieusement en conséquence… Mais j’en revendique néanmoins une paternité assumée et je ricane bêtement par anticipation !

On me demande si les boulettes provençales achetées en promotion chez mon décoteur dur préféré sont véritablement provençales. Oui, elles le sont – mais leur provencitude n’est pas là où on pouvait l’attendre : loin d’évoquer le chant des cigales et les saveurs bucoliques des légumes frais, du thym et du romarin, les épices à merguez dignes du sachet de poudre rouge d’un couscous industriel évoquaient plutôt les quartiers nord de Marseille… La Provence donc – l’emballage du produit n’avait pas menti.

Le pire est que je n’étais même pas déçu – je m’y attendais. Or dans la mesure où la qualité obtenue est la qualité attendue, on peut même dire que c’était un produit de qualité satisfaisante… Ce qui montre bien qu’il s’agit d’un jugement orthogonal à l’appréciation gustative de ses propriétés organoleptiques et qu’en matière de cuisine provençale je ferai mieux de m’en tenir à la belle famille de mon frérot.

Le rapport Democracy Index 2010 de The Economist classe la France comme “democratie défectueuse” avec un score inférieur à ceux de l’Afrique du Sud et de l’Italie… Un extrait :

“Diverses tendances politique négatives en France ces dernières années ont entraîné dans la rétrogradation du pays dans la catégorie démocratie défectueuse. La confiance publique envers les partis politiques et le gouvernement est extrêmement faible. Les enquêtes montrent également que l’engagement politique des citoyens a diminué. Le soutien populaire pour la démocratie est parmi les plus faibles du monde développé. Une personne sur sept ne croit pas que la démocratie est meilleure que toute autre forme de gouvernement. Le fossé entre les citoyens et les élites politiques s’est élargi. Les violentes émeutes de ces dernières années sont un autre symptôme du malaise politique du pays. Dans le cadre du système politique français, le président exerce un pouvoir énorme. Le style autocratique et autoritaire de l’actuel président, Nicolas Sarkozy, risque de miner les traditions démocratiques. Il a augmenté le sentiment anti-musulman et l’accent mis sur les racines chrétiennes du pays lors de la présidence Sarkozy. La pression sur les journalistes et les médias électroniques ont conduit à un recul de la libertés des médias”.

Si même The Economist le dit… Ca valait au moins une petite traduction ? Merci à Nicolas et à ceux qui l’ont élu.

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

J’emprunte souvent la sympathique piste cyclable qui mène au pont d’Argenteuil. Au bord d’une grande avenue dans la commune de Colombes, cette piste cyclable est soudainement interrompue par un panneau intimant aux cyclistes l’ordre de mettre pied à terre – pour contourner quelques gravillons et reprendre la piste cyclable un mètre plus loin. C’est fascinant, mais j’ai du mal à comprendre :

Vous pouvez constater par vous même avenue de Stalingrad, à quelques mètres de l’intersection avec l’avenue de Valmy en direction du Pont d’Argenteuil : cette piste cyclable est bien interrompue sur un mètre.

Bien sûr, de la terre battue recouverte d’un peu de sable et de gravier est un danger tel pour le cycliste que la piste cyclable ne saurait la traverser sans l’exposer au danger. Et comme le malheureux cycliste doit, pour contourner l’obstacle, emprunter abusivement l’espace réservé aux piétons, il est bien naturel de lui rappeler comment rester dans les limites de la légalité – il fallait  bien un double panneau monté sur deux poteaux.

Un règlement communal interdit-il de revêtir une chaussée à moins d’une certaine distance d’un arbre ? L’arbre aurait-il vraiment été incommodé ? Était-il plus pratique de s’offrir un panneau et d’avoir l’air ridicule ? Les voies du service de la voirie de Colombes sont aussi impénétrables que leurs pistes cyclables interrompues. Mais j’aimerais bien que quelqu’un m’explique le raisonnement qui a conduit à cette curiosité que seule peut avoir engendrée la créativité administrative.

Jusque-là ignorés du Code de la Route, les patineurs sont assimilés à des piétons. Le Ministère vient de donner un accord de principe sur le futur statut du patineur et du skateur. L’entrée en vigueur des nouvelles dispositions est attendue pour la fin 2009 – début 2010 à l’issue d’une validation finale par le prochain Comité Interministériel de la Sécurité Routière.

Lorsqu’ils circulent sur les trottoirs et les aires piétonnes, les patineurs restent assimilés à des piétons. Ils continueront ainsi à bénéficier d’un régime juridique très protecteur. En dehors de ces cas, ils seront considérés comme des véhicules. A noter que, comme pour les cyclistes, les amendes encourue seront identiques aux automobilistes.

L’adolescent qui est en moi s’accomodait fort bien de la délicieuse marginalité du statut du patineur. Mais en tant que citoyen je dois admettre qu’une clarification est la bienvenue, ne serait-ce que pour des questions de responsabilité civile.

En attendant, les questions juridiques relatives au roller trouveront leur réponse dans l’exégèse législative de Légi-Roll dont j’ai souvent une copie dans mon sac à dos pour toutes les occasions où la maréchaussée m’invite à un débat juridique impromptu.

Je viens d’apprendre que le ministre de l’Éducation Nationale, M. Luc Chatel, a décidé de supprimer l’histoire et la géographie comme matières obligatoires en terminale scientifique. Il se propose néanmoins de les maintenir dans un cadre optionnel avec un module de deux heures hebdomadaires.

Ancien élève de ce que l’on appelle une terminale scientifique (une terminale C en l’occurrence), économiste et spécialiste en recherches stratégiques, Jacques Sapir s’est senti personnellement interpellé par cette mesure et il nous en livre sa critique à laquelle j’adhère entièrement.

Quels citoyens voulons nous pour demain ? Je suis persuadé qu’il n’est pas possible, sans la compréhension du monde contemporain apportée par ces enseignements, d’être un citoyen impliqué et armé pour élever notre société. J’espère que le ministre de l’Éducation Nationale reviendra sur cette décision.

Des négociations étant en cours entre mon employeur et moi au sujet de notre différent sur l’expression du consommateur lorsqu’il est également employé, j’ai décidé pour apaiser les tensions de retirer de la publication toute mention de SFR – en mal comme en bien : sans la liberté de blamer il n’est point d’éloge flatteur. Les commentaires de cet article sont également fermés – vous débattrez donc ailleurs du droit à la vie personnelle et du pouvoir d’une entreprise sur ses salariés.

Cet article est une nouvelle version censurée d’un article précédent retiré de la publication en raison d’un rapport de force défavorable entre l’entité commerciale concernée et moi-même. La suite donc, sans noms et sans précisions organisationnelles.

Mes gros doigts patauds sont prolixes en fautes de frappe et j’ai donc malencontreusement écorché le nom d’un site bien connu en entrant http://www.azrerogfihazeozofiehazfeomih.com – et j’ai eu la surprise de constater qu’au lieu de recevoir la réponse standard NXDOMAIN telle que les RFC l’exigent, j’ai eu droit à une page garnie de liens vers des recherches aussi aléatoires que publicitaires, générée par mon fournisseur d’accès :

SFR AOL DNS hijacking

Les recommandations de l’ICANN au sujet du détournement de DNS mentionnent que si malgré tout un fournisseur de service tombe aussi bas il devrait proposer à l’abonné un moyen de s’exclure de cette fonctionnalité. Mais je n’ai pas vu la moindre trace de lien de désinscription sur cette page. Je n’ai également jamais été informé de cette modification unilatérale du service qui pourrait être une raison suffisante de rupture de contrat.

Un petit rappel pour nos lecteurs non-initiés aux arcanes du DNS : le rôle du DNS est de traduire un nom de domaine tel que sinhaladweepa.ruwenzori.net en adresse IP telle que 212.85.152.17. Le DNS n’est pas seulement un pilier fondamental pour la toile, il l’est pour tout l’Internet – c’est à dire aussi les messageries, le partage de fichiers, les imprimantes partagées et bien d’autres choses encore. Les abonnés paient pour ce service qui se conforme à une collection de standards universellement acceptés. Et voici que leur fournisseur le dévoie pour en tirer profit au mépris de l’intégrité technique du service livré.

Pourquoi est-il très important d’émettre une véritable réponse négative lorsque le domaine n’existe pas, au lieu de générer une page de publicité en prétendant qu’il existe ? Il n’y a pas que des humains qui utilisent l’Internet – les programmes qui tentent de joindre une adresse non existante doivent être notifiés du problème au lieu de croire erronément que tout se passe bien. Certaines configurations deréseaux privés virtuels reposent légitimement sur l’hypothèse que les domaines non existants doivent être signalés comme tels. Et ce ne sont pas les seuls services endommagés par le détournement de DNS.

Le détournement de DNS a également pour conséquence une insécurité accrue. Un message envoyés avec un nom de domaine erroné ? Le serveur de messagerie du publicitaire le reçoit. Une tentative de login avec un nom de domaine erroné ? L’identifiant et le mot de passe sont postés sur le serveur du publicitaire. Bien sûr, peut-être que le publicitaire est digne de confiance… Mais est-ce bien raisonnable de faire dépendre autant de problématiques de sécurité de la bonne volonté d’un seul acteur ?

Confiant dans mon fournisseur, j’avais commencé à utiliser son service DNS au lieu de dépendre de mon serveur habituel qui se trouve un peu plus loin sur le réseau. Il me semble que je vais bientôt revenir à mes vieilles habitudes et résoudre les noms sans avoir recours à un service dans lequel j’ai perdu confiance.

A quand les erreur HTTP 404 détournées ? Ne serait-ce pas merveilleux que le sympathique fournisseur d’accès insère une tartine de publicité à la place d’une erreur signalant une page non trouvée ? D’ici là je serai parti chez la concurrence – même le tarif réduit dont je bénéficie en tant que salarié aura du mal à me convaincre de rester.

Quand j’achète un accès à l’Internet, est-il besoin d’expliquer que je veux un accès à l’Internet, et non pas un accès à l’Internet à travers les lunettes publicitaires roses de mon fournisseur d’accès ? Il semble malheureusement que ce genre de précisions va devenir nécessaire…

http://en.wikipedia.org/wiki/Domain_name_system

C’est l’histoire d’un échec – mais un chouette ballade quand même et une exploration des routes Anglaises sur 102 kilomètres en vue d’une nouvelle tentative qui se terminera à Paris et non à Newhaven devant un quai vide.

Je ne sais plus où j’avais lues les aventures d’Alain “Monsieur” Decayeux et de ses compagnons de route entre Paris et Londres en 2005, mais j’avais trouvée l’idée excellente et j’avais très envie de tenter l’aventure à mon tour. Cette été, encore plus que d’habitude, j’avais envie de prendre la route et cette idée d’itinéraire a resurgit. Le symbolisme évident d’une liaison entre ces deux capitales est irrésistible. Après une petite heure d’étude le parcours m’a paru tout a fait a ma portée. Ce serait tout de même mon plus long parcours routier puisqu’à ce jour je n’ai jamais dépassé 210 kilomètres d’une seule traite alors que celui-ci atteint 255 kilomètres à vue de Google Maps, mais la coupure de quelques heures au tiers du parcours le rend physiquement plus accessible qu’il en a l’air. Et puis même si les conditions y sont entièrement différentes, mes 397 kilomètres aux 24 Heures du Mans cette année me donnent confiance en moi. Les horaires de traversée sont contraignants – jamais plus de deux ou trois par jour, mais le ferry de 22:30 semble finalement être une solution fort acceptable.

Voici l’itinéraire que j’avais prévu :

De Londres St Pancras à Newhaven et approche de l’avenue verte depuis Dieppe

- De Forges Les Eaux à Paris

J’ai rangée cette étude de faisabilité dans le répertoire des plans a exécuter un jour ou l’autre – mais trois semaines plus tard l’envie fut trop forte… Le vendredi soir les prévisions météorologiques sont enthousiastes : beau et chaud. Je n’avait rien de particulier de prévu pour le week-end, alors je n’ai pas résisté : j’ai pris mon billet Eurostar pour Londres, départ à 08:07 et arrivée à 09:34.

Depuis deux semaines je sondais les disponibilités du ferry, mais il m’était impossible de réserver une traversée : toujours complet pour la traversée du soir, tous les samedis jusqu’à la fin de la saison. Mais après quelques lectures il m’est apparu que les passagers piétons se présentant sur place ont une quasi-certitude d’embarquer – j’ai donc décidé donc de tenter ma chance.

Il ne me reste plus qu’a ramasser ce qu’il me faut pour un raid, dans les caisses de matériel et dans le carton de bouffetance technique – je commence à être bien rôdé à cet exercice. Il faut aussi dormir un peu parce qu’il est une heure du matin et que je me réveille a six heures pour un grand bol de muesli et un train pour Londres. Comme disent les slogans publicitaires : “le monde est ton terrain de jeux” et “juste fais le” !

Je sors de chez moi en portant mon sempiternel cycliste noir avec T-shirt orange, et sur mon dos un un sac profilé compressible de 15 litres dont le contenu est le suivant :
– Une roue de rechange avec ses roulements
– Une clé hexagonale pour les roues
– Cinq petits tubes de gels énergétiques et trois barres car je compte essentiellement sur le ravitaillement que je trouverai en route
– Quelques sachets de poudres énergétiques et électrolytiques pour compléter l’eau si c’est tout ce que je trouve
– Une outre Source Widepack pleine d’eau avec poudre. J’ai testés d’autres types, mais celui-ci est le seul qui me donne entière satisfaction à l’usage et à l’entretien – il ne fuit pas, il est très simple à utiliser, très facile à remplir et se nettoie rapidement et efficacement.
– Une petite frontale pour avoir un minimum d’éclairage au petit matin. Je ne compte pas rouler de nuit cette fois-ci
– Petite pharmacie pour petits chocs, égratignures, ampoules & co
– Un communicateur Android G2 pour prendre des notes, prendre et transmettre des photos géolocalisées et consulter Google Maps.
– Mes notes d’itinéraire en cas de défaillance du communicateur.
– Enregistreur de positions Sony GPS-CS1
– Carte d’identité
– Carte de crédit
– Papier toilettes parce que je n’ai pas pris la peine de passer en régime zéro résidus – un détail qui compte lorsqu’on est en pleine cambrousse.
– La clé de chez moi… On ne rigoles pas dans le fonds !
– Sur ma tête, un casque avec les autocollants RollerEnLigne.com – c’est pas demain la veille que quelqu’un louera de l’espace sur mon casque, alors autant arborer les couleurs de mon site de roller préféré !

J’ai chaussés mes confortables et efficaces Rollerblades Speedmachine 10 – j’ai définitivement abandonnés Fila M100, fort efficaces mais trop étroits et donc fort douloureux pour mes larges pieds. Pour l’occasion j’ai montées les roues d’origine pas loin d’être a bout de souffle – mais en l’absence de chrono après lequel courir, ces gommes rongées en double biseau feront bien l’affaire. Quoiqu’il en soit, tout ce que j’ai d’autre en stock c’est un train de roues Matter jaunes dont la dureté me parait excessive compte tenu de la qualité incertaine des revêtements Anglois – j’ai un très mauvais souvenir des grattoneuses rues de Londres. Les roulements ne sont pas de première fraîcheur non plus, mais je doute que ça fasse une énorme différence pour ce type de parcours.

Un peu de sommeil dans le train (j’en ai bien besoin – je me couche toujours trop tard avant ce genre d’exercice) est interrompu par le petit déjeuner composé de plein de cochonneries inadaptées a une épreuve sportive, mais comme je suis en ballade j’en profite quand même Le temps couvert sur l’Angleterre sera bienvenu pour réduire ma consommation d’eau.

Je sors tranquillement de la gare de St Pancras. Il est 09:50 quand je démarre l’enregistreur de positions et je met le cap au sud après quelques minutes de désorientation dans ce nouvel environnement où il ne faut pas oublier de rouler du mauvais côté de la route.

Je m’octroie quelques pauses le long de Blackfriars road pour capter quelques autoportraits dans le cadre desquels j’essaie désespérément d’inclure un bus rouge à deux étages pour faire couleur locale – mais le délai de déclenchement de la caméra de l’Android G2 est de l’ordre de l’ère géologique et je me contente de transmettre sur Brightkite ce que j’ai réussi à attraper – vers 10H20 d’après Brightkite. Mon accès en itinérance ne m’accorde ni voix ni SMS, mais bizarrement j’ai une connectivité IP correcte alors ce sera comme ça que je tiendrai mes amis au courant de ma progression.

Vent de face non négligeable et routes médiocres – tout se passe comme prévu, c’est rassurant. En fonction du trafic, des piétons, de la qualité de la chaussée et de l’état de délabrement des trottoirs, je louvoie au mieux. Mais la banlieue de Londres défile quand même bien et j’adore l’ambiance multiculturelle apportée par les sujets des colonies de Sa Majesté. Mon script de transmission de Google Latitude vers Brightkite n’est exécuté que tous les quarts d’heure et peut donc retarder d’autant, mais mes horaires de passage indiquent quand même que tout va bien : Croydon vers 11H30 et Caterham une heure plus tard.

J’ai quand même eu un petit passage à vide vers Purley où j’achète alors une bouteille de Lucozade. Après l’avoir engloutie ça va tout de suite mieux – un rappel à l’ordre sans frais. Après avoir plutôt pensé à la navigation et au trafic, il est temps de recommencer à surveillance aussi ma glycémie.

Après Caterham, Godson Road qui était une route à peu près acceptable pour les habitués d’un trafic plutôt dense et moyennement rapide devient une voie expresse avec séparation centrale. Le trafic dense accélère et un patineur n’y a à mon avis plus sa place. Courageux mais pas téméraire, j’opte donc pour la piste cyclable que je viens de repérer. Enfin “piste cyclable c’est un bien grand mot pour cette affreuse bande de cinquante centimètre d’un revêtement probablement étalé avec les pieds en son temps et aujourd’hui grattoneux quand il n’y a pas carrément de la terre et des débris végétaux. En prime, la végétation mal taillée en bordure de la piste heurte régulièrement mon casque pendant que je patine maladroitement. Une petite route branche vers l’ouest et je parviens à y arrêter une voiture pour m’enquérir d’une alternative – mais le conducteur me confirme que je n’ai pas le choix : pour passer vers le sud l’affreuse route est la seule option à plusieurs kilomètres à la ronde.

La descente vers Godson aurait été bienvenue s’il n’avait pas fallu la négocier sur cette piste cyclable – mais finalement ça se passe bien. Le village Godson amorce une section plus tranquille, avec un large trottoir en prime. Le trottoir est garni de ronces et autres végétaux témoignant de l’importance cruciale que les autorités locales donnent à la circulation des piétons, mais au point où j’en suis j’en fais peu cas tant que je parviens à me faufiler. Le répit est de courte durée : je rejoins bientôt la A22 où le trottoir redevient quasiment inutilisable et le trafic très stressant, à se demander si les conducteurs ne le font pas exprès. Au bout de quelques kilomètres, s’en est trop pour moi et un panneau “Surrey Cycleway” pointant une route vers l’est achève de me convaincre de tenter ma chance sur le réseau secondaire.

Ces petites routes près de Crowhurst sont excellentes – meilleures même que les routes nationales Je continue tranquillement vers Lingfield tandis qu’un passager de voiture lève le pouce en me croisant – un encouragement qui change des klaxons et regards excédés. Le moral retrouve rapidement un excellent niveau.

L’arrêt à Lingfield est l’occasion de passer chez un boulanger qui me fait découvrir une boisson locale au gingembre et une spécialité nommée “booster bar”, un petit pain très lourdement enrichi en fruits secs. C’est bon et efficace. Avec un peu de chance, la voiture de Teleatlas qui passait par là m’assurera l’immortalité sur Google Street View les patins aux pieds et la booster bar entre les dents.

Plus au sud, en continuant vers East Grinstead, j’opte pour un passage par Dormans Park au lieu de prendre Felcourt Road qui est un tout petit peu trop chargée à mon goût. Ce fut une erreur à plus d’un titre : non seulement c’est un relief plus élevé, mais en plus ce n’est pas un passage routier à moins d’un détour non négligeable. Le seul passage vers le sud est le prolongement d’Eden View, un petit chemin forestier en terre battue boueuse. Les passants qui m’y ont vu patauger en rollers en rient certainement encore…

Mais malgré ce raccourci douteux conseillé par un local, je finis par sortir du domaine privé et j’amorce l’ascension de St Hill qui annonce le début d’un segment calme fort agréable.

La descente sur Weir Wood reservoir manque de visibilité et elle est trop raide – je me résigne donc à brûler de la gomme avant d’affronter l’inévitable montée sans même avoir profité de la descente. Mais je me console sur Chiling street, une interminable descente en pente douce qui me fait oublier tous mes soucis et m’amène au pieds de Horsted Keynes. Un petit détour par la place du village et je continue paisiblement sur Treemans road et Sloop lane où je bavarde avec des buveurs à la terrasse d’un pub isolé au milieu de la campagne. Ce segment bucolique très agréable se termine à North Chailey ou un ravitaillement est de rigueur dans une station service : jus fraise-banane bio et une magnifique grosse barre d’un mélange de fruits secs délicieux. Je commence à croire aux fruits secs comme alimentation pour patiner.

A partir de North Chailey j’emprunte l’A275, un axe important mais dont la densité de trafic est tolérable d’autant que quelques segments de trottoir offrent un bon échappatoire au passage d’une rafale de voitures. A l’approche de Lewes je me fait rattraper par un cycliste que je rattrape à mon tour à la faveur d’une montée. On s’arrête pour faire connaissance – il s’appelle Ben et il arrive de Londres, comme moi ! Il viens à Lewes pour assister à un tournoi d’ultimate frisbee. On parle de randonnée quelques minutes, on fait un point de navigation ensemble, puis je m’achemine à travers le centre de Lewes.

A la sortie de Lewes une mauvaise surprise m’attend : le tunnel de Cuilfail est formellement interdit aux piétons et aux cyclistes. Heureusement, ma mauvaise foi congénitale m’autorise à noter qu’aucune mention ne vise les patineurs – et comme un trottoir borde la voie dans le tunnel, je passe outre sans problème. Mon forfait est récompensé par trois kilomètres de descente de Ranscombe hill sur l’une des plus belles pistes cyclables qu’il m’ait été donné de tâter. L’A27 semble toute neuve et après tous les pistes cyclables et trottoirs immondes que j’ai pu rencontrer je suis ravi de constater que les pouvoirs publics ont des velléités d’adapter les routes du pays aux circulations à force musculaire – mais même ce magnifique segment ne fait pas le poids pour remonter la moyenne du pays. Et la suite me le fera vite oublier : l’A26 vers Newhaven est chargée de conducteurs d’une agressivité rare – je ne compte plus les frôlements et autres gestes hostiles dont les habitués de la perfide Albion imagineront très facilement le style. La route est aussi étroite que grattoneuse, et les conducteurs d’automobiles semblent très contrariés de devoir la partager avec un patineur. La piste cyclable encore plus petite que d’habitude voire souvent inexistante n’a pas eu l’air de les faire réfléchir autrement.

Au bout de la route, j’arrive glorieusement au terminal du ferry de Newhaven à 18H30 soit après 8H40 de route. Et là, la pire surprise de la journée : une note laconique sur la porte explique que le site est fermé jusqu’au lendemain, sans donner la moindre raison. Protestants qu’il sont en majorité, les Anglois ne célèbrent pas le 15 Août – mais peut-être que ce jour férié côté Français est la cause de cette interruption de service.

La tentative de Londres-Paris s’arrête donc à Newhaven… Mais je décide déjà que je reviendrai – il n’est pas question de rester sur cet échec, surtout maintenant que je suis à l’aise sur les routes du sud de l’Angleterre.

Dans le train du retour sur Londres, je bavarde avec une charmante habitante de Newhaven qui vient à Londres fêter les trente ans d’une de ses amies ce soir, dans une boite où tout le monde circule et danse en roller ! Elle n’a jamais chaussés de rollers et s’attend évidemment à ce que tout le monde soit ivre – j’ose à peine imaginer les résultats… L’idée m’a traversée l’esprit de tenter l’incruste en proposant mes services pédagogiques pour sauver la jeune damoiselle en détresse, mais un gars sale et puant en cycliste et T-shirt moulant sur des roues de 102mm risque de poser un problème pour se fondre dans la masse des londoniennes du samedi soir. J’ai donc choisi de continuer poliment ma route en regrettant amèrement de ne pas avoir pris de vêtements de rechange et qu’il soit trop tard pour aller en acheter.

Grâce à la bizarrement peu fiable offre d’itinérance de mon cher employeur et opérateur de téléphonie mobile, je ne dispose pas de connexion à l’Internet pour vérifier les disponibilités à bord des avions, je ne prend pas le risque de descendre à Gatwick où le train s’arrête. Je continue jusqu’à Victoria station, puis en métro jusqu’à St Pancras où j’arrive juste à temps pour louper le dernier Eurostar de la journée. Dans un prochain article je vous expliquerai peut-être comment positionner les rollers comme oreiller et où sont les meilleurs coin pour dormir par terre dans la gare…

Londres-Newhaven c’est 85 km à vol d’oiseau. Mon projet sous Google Maps donnait 94 kilomètres. La réalité reconstituée sous Google Maps, à partir de la trace GPS donne 102 kilomètres, que j’ai parcourus en 8H40 à un peu moins d’une douzaine de kilomètres par heure.

A une erreur de navigation dans Londres, quelques routes de campagne et quelques raccourcis douteux près, mon parcours est proche de ce que j’avais prévu. Le mode “terrain” de Google Maps démontre là sa valeur : une carte routière avec des courbes de niveau, c’est efficace pour planifier un parcours à la force des muscles. Il ne manque plus qu’un indicateur de qualité du revêtement.

Pour la prochaine tentative, fort de mon expérience, j’ai élaborés deux parcours:

Reste à en choisir un – et à s’assurer qu’il y aura un ferry à l’arrivée…

En Février est prévu l’appel à candidatures pour les licences des fréquences restantes dans la bande des 2.1 GHz, sous la forme de 3 lots de 5 MHz dont un réservé à un nouvel entrant. Il n’est donc pas étonnant que de nombreux acteurs s’interrogent sur l’opportunité de cette offre, d’autant que les tranches sont plutôt maigres et plutôt chères. En témoigne cette question que j’ai reçue ce matin :

Also sprach somebody [Fri, Feb 06, 2009 at 11:25:00AM +0100] :
>
> Je me pose une question (pour le compte d’un client opérateur mobile) :
> si un opérateur alternatif acquiert 5MHz de fréquence 3G (plus 5
> dans la bande des 900 MHz), quel en sera l’impact sur l’expérience
> client X le nombre de clients ? L’idée est de savoir s’il sera
> possible de lancer des services consommateurs de bande passante (TV,
> Internet illimité, etc.) sur les zones denses où seront les premiers
> clients sans être rapidement limité, ou si ce futur opérateur sera
> nécessairement contraint pour la majorité de ses clients à des
> services mobiles de base.

 

Si on prend l’exemple du HSDPA, l’efficience spectrale est de 2.88 bits par Hz par cellule soit 14.4 Mb/s pour une tranche de 5 MHz. Mais en EDGE, l’efficience spectrale n’est que de 0.33 bit par Hz par cellule. Une bande de fréquence de largeur équivalente a donc beaucoup plus de valeur en 3G.

Coincidence probablement non fortuite, les 14.4 Mb/s supportés par une tranche de 5 MHz en HSDPA correspondent exactement au débit maximal permis par cette norme entre le mobile et un node B – ce qui permettra aux opérateurs d’annoncer la vitesse maximale permise par la norme. On trouvera probablement en tout petits caractères en bas de page une note mentionnant qu’il s’agit d’un débit partagé entre tous les utilisateurs d’une cellule, mais ne laissons pas ces détails gâcher une bonne publicité !

On parle de débit par cellule – la question n’est donc pas le nombre global de clients sur un réseau mais le nombre de clients par cellule. Le ratio entre la densité de la population cliente et la taille des cellules est donc un critère essentiel. L’optimisation à calculer est alors entre le cout de la densité de la couverture par le réseau et le cout d’acquisition des tranches de fréquence – le tout pour une qualité de service donnée. Nulle doute qu’un certain nombre de tels modèles tournent en ce moment.

Le Commissaire Thomas Hammarberg (Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe) s’est rendu en France au mois de mai 2008. Au cours de cette visite, le Commissaire a rencontré les Ministres de la Justice, de l’Immigration, du Logement et de la Ville, la plupart des institutions nationales chargées de la protection des droits de l’homme et des représentants de la société civile. Il a ainsi pu évoquer certaines questions de droits de l’homme et notamment les droits des détenus, l’asile et l’immigration et la protection des Roms et Gens du voyage.

Dans le résumé de son rapport, je note que “le Commissaire attire l’attention des autorités françaises sur les risques associés à la détermination à priori du nombre de migrants irréguliers à reconduire aux frontières. Il convient d’analyser les conséquences sur les méthodes d’interpellations et la pratique administrative“. Nous avions fermement dénoncée l’introduction des quotas d’expulsion, et je suis ravi de voir une autorité Européenne exposer les travers de cette regrettable méthode.

Voici extraite du rapport la section traitant des conséquences de la définition d’objectif chiffré de reconduites d’étrangers :

“Depuis 2005, les autorités françaises ont pris la décision de déterminer en début d’année le nombre d’étrangers irréguliers qu’il convient d’éloigner volontairement ou non avant le 31 décembre. Cet objectif est passé de 20 000 reconduites en 2005 à 26 000 pour l’année 2008. Les autorités reconnaissent toutefois qu’elles ne pourront pas par ce biais mettre un terme à la présence d’étrangers irréguliers sur le territoire français – estimés entre 400 000 et 600 000. La détermination de cet objectif quantitatif semble donc plus dépendante de la capacité supposée de l’administration à les atteindre que de la volonté de faire disparaître un tel phénomène.

Comme indiqué dans le cadre de sa visite des zones d’attentes de l’aéroport de Roissy et du CRA du Mesnil-Amelot, le Commissaire craint que la pression engendrée par les objectifs chiffrés de reconduite à la frontière pousse les force de l’ordre à procéder à de plus en plus d’interpellations avec des méthodes parfois contestables. [..] Ces pratiques illégales sont heureusement exceptionnelles mais démontrent l’impact que peut avoir une politique centrée sur la réalisation de chiffres où le quantitatif prime parfois sur la nécessaire obligation de respecter les droits des individus”.

La remarque que “la détermination de cet objectif quantitatif semble donc plus dépendante de la capacité supposée de l’administration à les atteindre que de la volonté de faire disparaître un tel phénomène” me semble être un indice renforçant mon idée que ce genre de mesure prise en matière d’immigration par la France relève plus de la gesticulation médiatique simpliste à l’usage de l’électorat que de la délicate construction d’une politique réaliste intégrant la complexité du phénomène des migrations.

En se focalisant sur la gesticulation médiatique on accroit la souffrance des migrants sans atteindre l’objectif présenté (aussi discutable soit-il) et en contribuant encore moins à l’utilité globale. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’y a pas de quoi être fier et que nous pouvons faire beaucoup mieux – notre société a beaucoup à gagner si elle parvient à exiger du monde politique que la prise en compte des migrations ne soit plus un domaine où les rationalités sociales et économiques sont laminées par la gestion des peurs régressives de l’électorat.

Quand aux gouvernants qui prétendent qu’on peut sérieusement envisager de déporter presque 1% de la population de la France (600000 sur 60 millions), j’ai peur d’apprendre quels sont les sources historiques de leurs études de faisabilité.

Je profite de cet article pour saluer le gouvernement Malien qui oppose une vive résistance à la pression de la France pour la signature de l’accord « gestion concertée des flux migratoires et co-développement ». Il est heureux que des gouvernements nous aident à contrer les plans de ceux qui veulent faire de la cité Européenne une forteresse consanguine.

Il y a deux mois, je suis tombé sur un témoignage personnel d’un OMLT Français en Afghanistan au sujet de son expérience au contact des troupes Américaines. Point de grande littérature, mais un texte simple et émouvant par sa spontanéité. J’ai pensé que porter à la connaissance du monde anglophone ce petit témoignage d’amitié Franco-Américaine serait utile et participerait modestement à sa manière au renfort de liens quelques peu distendus par les divergences diplomatiques de ces dernières années que le monde médiatique n’a pas manqué de transformer en tensions populaires. J’ai donc immédiatement produite une traduction en anglais de l’article français. Je me doutais aussi que cette traduction trouverait son public aux Etats Unis et ailleurs, mais je ne m’attendait pas à ce qu’elle provoque un tel écho. Cinquante mille lectures en deux semaines (et ça continue) ainsi qu’une foule de commentaires sur l’article et sur d’autres sites, sans compter des messages de remerciement. C’est dix à cinquante fois le trafic qu’attire en un an une page convenablement fréquentée de mon blog anglophone. J’ai du toucher un point sensible. Les Américains auraient-ils besoin qu’on les aime ?

J’avais effectuée une traduction plutôt rapide et j’en viens presque à regretter de ne pas m’y être plus appliqué ! Sans tomber dans les psyops délibérées, il est bon de rappeler au monde qu’au dela des intérêts ponctuellement conflictuels, les liens qui nous unissent sont bien plus forts et que l’amitié Franco-Américaine n’est pas un vain mot. Je suis heureux d’y avoir contribué.

Le marché de l’accès par fibre optique s’oriente vers une concentration oligopolistique. Free en sera-t-il le perdant ?

Il y a un an et demi, je parlais de la standardisation des protocoles de provisionnement de la fibre optique. D’un point de vue objectif et rationel, la démarche multilatérale parait évidente. Mais malgré ma conclusion plutôt pessimiste sur la probabilité d’occurence d’un telle évolution, j’étais encore loin du compte.

Il y a six mois, Neuf Cegetel et Numéricable s’entendaient sur des compléments de couverture : Numéricable permet à Neuf Cegetel de se servir d’accès THD qu’il a déployé, et en échange Neuf Cegetel apporte à Numéricable sa couverture ADSL qui complète celle de Numéricable.

Quelques semaines auparavant, Neuf Cegetel avait remporté le marché de la connexion à la fibre optiques de 100 000 HLM de la ville de Paris. Ces accès pourraient êtres loués à Orange pour la distribution de ses services.

Aujourd’hui, Orange et Neuf Cegetel SFR s’entendent sur des modalités de mutualisation incompatibles avec les choix techniques de Free.

Les modes de coopération entre acteurs sont fragmentés et dominés par des accords bilatéraux dont le point commun est de marginaliser systématiquement Free.

Est-ce une stratégie délibérée ? Quelle sera la réaction de Free ? Comment Bouygues Telecom  s’insérera dans ce jeu de chaises musicales ? Quoi qu’il en soit, le marché se referme progressivement et la concentration du secteur évolue selon une dynamique dont le terme extrapolé ressemble fort à la situation oligopolistique du secteur de la téléphonie mobile. Mais n’est-ce pas le plus cher désir des acteurs dominants de l’accès par liaison fixe ?

Si ma première participation en équipe aux 24 Heures en 2006 sur l’invitation de la très sympathique équipe d’Astrazeneca fut pour moi un grand succès. La seconde en 2007 pour laquelle j’avais créée une équipe qui est passée au cours des désistements de dix patineurs à trois fut un moins bon souvenir. Je n’étais pas préparé physiquement ni psychologiquement à courir à trois. Les crises de crampes au milieu de la montée du Dunlop sous la pluie à trois heures du matin dans mes Crossmax gorgés d’eau ont fini par entamer mon moral et c’est à ce moment que je me suis dit que les 24 Heures tout seul ne pouvaient pas être beaucoup plus difficiles que ça. J’avais commencé à y penser lors la première édition de mon Paris-Deauville au printemps 2007 mais je n’avais pas osé me lancer la même année. Une année d’entrainement léger mais régulier plus tard, l’aisance avec laquelle j’ai parcouru les 210 kilomètres de la seconde édition du Paris-Deauville a achevé de me convaincre que j’étais mûr pour tenter les 24 Heures en Solo.

Mon objectif cette année était de 300 kilomètres en 24 Heures. J’avais déja fait 200 kilomètres en 15H30 sur route ouverte avec toutes les contraintes et les inefficiences que ça implique (sur route ouverte on ne profite pas des descentes que le freinage rend même fatiguantes) – et j’étais tout seul. Alors un tiers de distance en plus en un tiers de temps en plus dans un environnement idéal où on roule en peloton – ça me paraissait tout à fait jouable. Cet objectif représentait un poil plus de 71 tours, soit le tour en un peu plus de 20 minutes en moyenne, soit un peu plus de 16 minutes en comptant 20% de temps de repos. Cet objectif allait se révéler être d’un grand pessimisme.

La préparation commence par trouver, dans la tradition des 24 Heures roller, un pseudonyme comme nom d’équipe. Inspiré par un célèbre sketch de Les Nuls, par la découverte aux 24 Heures du Mans roller des joies du patinage en peloton, par mon teint vaguement méditerranéen et par un vieux slogan d’une compagnie ferroviaire bien connue, ce sera “Hassan Cehef”. Hassan Cehef – c’est possible !

La préparation c’est surtout les déplacements quotidiens en banlieue Parisienne qui me tiennent lieu d’entraînement. Chaque jour je monte entre trente et quarante étages – je ne prend quasiment jamais l’ascenseur ou l’escalator. Les jours ouvrables je parcours à l’aller et au retour les dix kilomètres de mon trajet domicile-travail en rollers quand il fait sec et en vélo quand il pleut, sans compter quelques autres trajets occasionnels. Les jours fériés il m’arrive de me balader un peu. C’est tout… Par rapport aux entraînements spécifiques bien structurés auxquels s’astreignent d’autres compétiteurs c’est presque ridicule. Mais ça a l’avantage d’être parfaitement intégré à mon mode de vie et donc pratiquée de manière très régulière tout au long de l’année.

Je suis arrivé le vendredi soir au camping avec mes camarades d’Astrazeneca qui m’ont très gentiment emmené avec eux en voiture à l’aller et au retour, et m’on offert le diner le vendredi soir – un grand merci à eux, et en particulier à Armand et Lena !

Vue l’expérience de l’année dernière où l’accumulation du réveil à l’aube, du trajet et de la mise en place concentrés le samedi furent autant de sources de stress et de fatigue, je crois qu’arriver le vendredi soir est indispensable pour minimiser la fatigue avant le début de la course – autant dormir le plus possible le samedi. J’ai même fait la sieste à l’heure des sprints qualificatifs : pour 24 Heures de course, partir en fonds de grille ne fait à mon avis pas la moindre différence alors qu’une ou deux heures de sommeil avant le départ c’est toujours ça de pris.

Samedi matin, j’ai quand même réussi à oublier des papiers, ce qui m’a condamné à faire deux aller-et-retour entre ma tente et le guichet d’inscription ainsi qu’à faire au moins une demie heure de queue pour une photocopie. Ensuite j’ai assaisonné le contenu de 16 bouteilles d’eau minérale d’un litre et demie avec diverses poudres nutritives (l’essentiel pour l’apport glucidique, et une poignée de bouteilles avec de la boisson de récupération)- j’en consommerai en tout 13 pendant les 24 Heures soit 19 litres et demi sans compter deux petites bouteilles d’un demie litre d’eau au point de ravitaillement, un litre et demi après la course et deux litres le samedi avant la course. Vers 15 heures après la sieste j’ai pris le chemin du paddock chargé des 16 bouteilles dans un sac et de mon équipement (trois paires de rollers entre autres) dans l’autres… Je vous laisse imaginer le poids de l’ensemble. Clairement j’aurais du éviter d’entamer mon potentiel en jouant au sherpa comme à mon habitude – mais je n’avais pas la place d’emmener un diable cette année et j’étais tout seul. L’année prochaine je suis tenté d’emmener quelqu’un pour me décharger d’une partie de la logistique.

Côté matériel, j’ai aux pieds pendant la course une paire de patins Fila M100 achetés en soldes cet hiver pour 249 Euros si je me souviens bien, des roues Matter F1100 jaunes (100mm en 86A – 10 roues pour 120 Euros – affreusement cher mais j’ai jugé que l’occasion justifiait ce luxe) et roulements SKF Speed Skater (20 roulements pour 65 Euros – cher mais c’est la référence en la matière… Je ne sais pas si ça m’apporte grand chose mais quoiqu’il en soit c’est un confort psychologique). Même si les M100 ont seulement quatre roues chacun j’ai dix roues et leurs roulements afin de pouvoir pallier par simple échange aux défaillances éventuelles. L’un des avantages du roller est que les budgets sont vraiment très faibles surtout en comparaison de gouffres financiers tels que le cyclisme.

Ce n’est rien que du très classique éprouvé et adapté à l’épreuve si j’en crois mes lectures préalables – et la popularité de la combinaison M100/Matter Jaune sur le circuit témoigne que je ne suis pas le seul à être arrivé à cette conclusion. La qualité de roulage et de transmission de l’effort vers le sol de l’ensemble m’a impressionné. Et en prime c’est plutôt confortable, ce qui n’est pas un luxe mais un impératif pour tenir 24 heures dessus. En tout cas ça me change des deux dernières éditions des 24 Heures en FSK Crossmax avec un train roulant douteux. Comme je suis particulièrement méfiant vis-à-vis du matériel (peut-être une déformation professionnelle…) j’ai également embarqués mes Crossmax et même une paire de mes infâmes Salomon Motion 8. Mais je n’ai heureusement pas eu à les utiliser.

Sur la peau, en bas un short moulant et en haut un T-shirt Under Armor Heat Gear que je ne quitte plus depuis mon séjour au Sénégal à vélo tellement en de telles occasions il est efficace pour aider à réguler la température corporelle. Pour lutter contre la chaleur, j’ai acquis un casque bien aéré – le casque “bol” urbain que j’utilisais il y a encore quelques mois a l’avantage de protéger du froid en hiver mais les litres de transpiration qui s’en déversent en été témoignent d’un petit problème de refroidissement. Aux mains, des mitaines parce que j’ai horreur de m’abimer les mains en tombant – le reste je m’en fiche et j’ai l’habitude. Les mitaines permettent aussi de conserver une bonne dextérité histoire de ne pas mettre un demi-tour de circuit à s’énerver à ouvrir l’emballage d’une barre énergétique.

Quand je pars pour de longues distances, j’ai pris l’habitude de m’enrouler chaque doigt de pied dans de l’elastoplast ainsi que les zones de friction. Et après je garnis généreusement l’ensemble avec de la crème anti-frottements (je me demande si ce n’est pas un packaging hype pour de la vaseline – il faudra que je compare). Elasto + crème lubrifiante c’est ma recette magique anti-ampoules et autres irritations – j’ai totalement éliminé le problème. Il semble que ce soit un bricolage classique qui a été adopté par bien d’autres coureurs.

Malgré les railleries de mes camarades qui dévorent bonbons et saucissons pendant nos randonnées, je me suis converti pour les épreuves sportives à une forme plutôt radicale d’alimentation technique. J’ai constaté qu’une alimentation bien gérée est l’un des piliers de ma performance – beaucoup de coups de fatigue que je ressentais autrefois étaient souvent simplement dus à une alimentation inadaptée provoquant des carences voire l’épuisement musculaire faute de carburant. Alors ma ligne directrice pour l’alimentation en roller est d’ingérer environ 450 calories par heure sous une forme qui ne coûte pas d’énergie à digérer et qui laisse un minimum de résidus. Au début de mes expériences, il m’est arrivé un jour de commettre l’erreur de consommer avant de partir des aliments riches en fibre et mon estomac a bien inutilement participé à l’effort. Les graisses ne sont pas non plus les bienvenues – et j’en ai largement suffisamment à bord (j’ai du bide et je complexe affreusement à ce sujet, surtout en voyant les photos me montrant sur le circuit en T-shirt moulant). Pour répondre aux contraintes que j’exprime, j’ai trouvé que les aliments spéciaux vendus pour l’usage sportif sont efficaces. Certes c’est cher et ce n’est pas d’un goût très agréable, mais ça fonctionne bien. Alors pour une épreuve exceptionnelle, le budget de 150 Euros en tout pour les 24 Heures (avec du rab’ qui servira pour d’autres courses) est dépensé sans aucun remord. Les coureurs les plus expérimentés ont souvent leurs recettes de gateaux savoureux rassemblant les nutriments nécessaires, mais je n’ai pas encore acquis cette compétence alors pour l’instant je l’externalise.

J’avais donc construit dans une feuille de calcul le plan de mon alimentation avant et pendant la course. Je l’ai mis à jour après la course avec ce que j’ai réellement consommé – cette feuille de calcul est disponible en téléchargement.

Voici mes consommations avant la course :

Valeur (kcal) Description Nombre de portions Utilisées (kcal) Apport total de la source (kcal)
390 Boisson de récupération 0 0
390 Boisson d’attente 2 780
0 Eau 3
Total boissons (litres,kcal) 2,5 780
900 Spordej 2 1800
420 Cake salé / 4 1 420
410 Gatosport / 4 2 820
Total aliments 3040
Total
3820

Et voici mes consommations pendant la course :

Valeur (kcal) Description Nombre de portions Utilisées (kcal) Apport total de la source (kcal)
390 Boisson de récupération 11 4290
190 Boisson 4Endurance 22 4180
0 Eau 2
Total boissons (litres,kcal) 17,5 8470
Volume liquide moyen par heure (litres) 0,73
210 Barre Overtstim cranberries-chocolat blanc 5 1050
110 Barre Amelix (pate d’amandes) 3 330
900 Spordej 1 900
80 Gel (Energix, Antioxidant, Cacahuette) 11 880
420 Cake salé / 4 2 840
410 Gatosport / 4 2 820
158 Barre Inkospor noix de coco 1 158
157 Barre Isostar High Energy 2 314
130 Barre protéinée (gout chocolat) 4 520
Total aliments 5812
Total
14282
Apport énergétique horaire moyen
595

Mes connaissances en matière de nutrition étant encore faibles, mes analyses sont sommaires. Mais je retiens de l’expérience de cette année que je n’ai jamais eu faim et que mes besoins hydriques ont été satisfaits. La quantité d’énergie ingérée est telle que je pense avoir été en permanence en hyperglycémie – d’ailleurs les mictions fréquentes le dimanche en sont l’un des symptomes, quoi qu’il puisse aussi tout simplement signifier que j’ai absorbé plus d’eau que nécessaire. En tout cas, l’apport continu de glucides tout au long de la course avec quelques protéines au moment des pauses a parfaitement fonctionné et je repartirai sur des bases similaires.

Sur le circuit j’utilise une outre avec un tuyau et une valve au bout pour boire – le tout dans un petit sac à dos profilé contenant également des barres et des gels. J’avais calculé que je prendrais une pause à chaque fois que j’épuiserai la réserve d’un litre et demi de liquide hydratant – ce que j’ai fait la nuit où le facteur limitant était plutôt la nourriture. Mais en journée au soleil mes besoins hydriques sont beaucoup plus importants et je comptait compléter ma réserve par quelques ravitaillements en eau pure au bord du circuit. Je n’y parviendrai malheureusement pas la plupart du temps : lorsqu’on est bien installé dans un peloton il n’est pas question de risquer de le perdre, et si même on parvient à faire un crochet au prix d’un petit sprint on va tout simplement trop vite : à plusieurs reprises la petite bouteille a rebondi contre ma paume avec de spectaculaires éclaboussures. La mi-circuit n’est pas le bon endroit pour ravitailler – j’aurais préférée la ligne droite des stands, voire même la montée où on est au ralenti. Ce n’est pas moi sur la photo mais elle illustre bien ce qui se passe quand on tente de saisir une bouteille à pleine vitesse…

Faute d’avoir participé aux qualifications, je commence donc la course en fonds de grille où je retrouve l’inimitable Toutouseul dont la constance inébranlable malgré un age avancé lui permettra de terminer à la douzième place cette année – douze places devant moi. Souvent je l’ai doublé dans la descente, et à chaque fois il me reprenait dans la montée – sans compter qu’il s’est certainement arrêté nettement moins que moi. Il ne paie pas de mine, mais méfiez vous du coureur discret déguisé en dalmatien !

Dans la cohue du départ je suis résolu à prendre mon temps. Je marche tranquillement jusqu’à mes rollers que je prends le temps de lacer soigneusement avant de savourer mes premières foulées sur cette magnifique piste au revêtement si délicieux. Mais cette bonne résolution ne dure pas… Je rencontre deux Alstom Riders de gabarit similaire au mien et je décide de m’y accrocher. Commettant la même erreur que bien d’autres coureurs, nous nous laissons entrainer dans une certaine euphorie et les tours s’enchaînent à un rythme auquel je ne m’attendais pas – sans compter d’impressionnantes pointes de vitesse dans la descente en raison de la conjugaison aérodynamique de nos poids respectifs. Je tente à un moment de prendre la tête de notre trio, mais je prend des trajectoires déplorables qui atterrent mes compagnons : je me rend à l’évidence – je n’ai pas leur expérience et je regagne donc leur sillage.

Après trois heures, à 19 heures passée j’aurai fait 17 tours autour de 10’40” de moyenne… C’est beaucoup trop rapide – et je sais que je vais le payer plus tad. En plus, contrairement à mes camarades je n’avais personne pour me ravitailler au bord de la piste – et à 18 heures j’avais déja épuisés les 150cl embarqués dans mon sac. Malgré la gentillesse de l’un de mes deux compagnons qui m’a offert une gorgée d’eau de son bidon, après une heure de course sans boire j’étais passablement déshydraté et même si le litre et demie que j’ai absorbé en vingt minutes de pause m’a permis de rattraper le coup, ce n’était pas la manière optimale de procéder.

Bien rafraichi, je reprend la piste – cette fois sans mes camarades que j’ai perdus. Mais ils m’ont quand même laissés d’excellents conseils – et c’est certainement grâce à eux que je vais faire une course aussi satisfaisante. En équipe, la montée du Dunlop est le lieu où on peut gagner beaucoup de temps en y dépensant toute son énergie et en comptant sur la descente pour reprendre son souffle avant d’attaquer la partie horizontale. Mais en solo on n’a pas le luxe de 15 à 20 minutes de récupération entre chaque tour – et la fatigue musculaire peut donc rapidement s’accumuler. Je ne l’avais pas compris l’année précédente où dans une équipe de trois j’avais pris des relais durant jusqu’à trois heures et qui m’ont valu de douloureuses crampes. Mais mes ainés m’ont cette année livré le secret : la montée est le moment privilégié de la récupération. Je trouve ça plutôt contre-intuitif, mais c’est à mon avis la clé de ma réussite pour ce premier solo : ne jamais forcer dans la montée. J’ai l’impression à chaque fois de me traîner au milieu de tous les coureurs d’équipe qui me dépassent un à un, mais j’en accroche toujours un ou deux dans la descente et je ne les lache plus pendant le reste du tour, là ou la vitesse élevée rend essentiel cet avantage aérodynamique.

Su la photo ci-dessous, cinq solos : les deux Alstom Riders suivis de votre serviteur, de Youb et de Sylvoutch les sauterelles de l’espace – je suis ravi d’avoir roulé avec tous ces sympathiques patineurs qui n’abandonnent jamais leur bonne humeur !

Huit tours en 11’30” suivis d’une pause de cinq minutes et de sept tours en 11’50” – tout va bien, j’ai un rythme plus raisonnable, il est 23 Heures et je suis bien ravitaillé pour le début de la nuit. Mais la fatigue commence à se faire sentir et je parcours les 13 tours suivants en 13’21”. J’insiste autant que je peux avant de me résoudre à prendre une pause avant que la situation ne se dégrade – connaître ses limites ça paie (et ça se paie d’avance par toutes les fois où on a été clairement au-delà…).

Je sens l’acide lactique s’accumuler et les crampes qui ne sont pas loin. Je commence donc par quelques étirements et un auto-massage. Comme à chaque pause je bois, je mange, je poste une mise à jour sur l’Internet et je lis les SMS d’encouragements qui m’ont bien aidé tout au long de la course. Les SMS émis par l’organisation avec le classement et le nombre de tours parcourus ont également été appréciable. Mais cette pause-ci c’est l’heure de dormir un peu – je sais que trois heures et demie du matin c’est l’heure de vérité, et je préfère l’aborder sereinement. Malgré la veste en tissu que j’avais apportée, je grelotte de froid allongé sur mon matelas pneumatique – je ferme tout y compris la capuche et je croise mes jambes nues pour garder un peu de chaleur, mais j’aurais vraiment du apporter une couverture. Je me convainc que grelottements et claquements de dents sont dus au froid, mais c’est peut-être aussi que j’ai un peu trop poussé sur le début de la course. Je me réveille une heure plus tard au son de mon réveil, puis toutes les vingt minutes avant de me considérer suffisamment reposé et de me résoudre à repartir après deux heures et quart de pause. J’aurais pu faire plus court et surtout plus reposant mais je suis quand même bien rafraichi et j’aborde donc peu après quatre heures du matin la seconde partie de la nuit. Après seulement douze heures j’ai fait 44 tours – largement au dessus de mon objectif initial. Je suis donc on ne peut plus serein !

Sur la piste, il fait un peu froid mais je me sens bien. Je garde un souvenir ému du lever du soleil sur le circuit – un grand moment de bonheur pendant que j’enchaine 13 tours en 13 minutes chacun. Tout va bien et la nuit on a l’impression d’aller vite. A sept heures je m’arrête pour un petit déjeuner et presque une heure de sommeil avant d’entamer la matinée vers huit heures. Six tours en 13’16 suivis d’une pause de cinq minutes puis de huit tours en 12’56” – le rythme circardien aidant, la matinée se passe très bien. Depuis la nuit je reste néanmoins très prudent et je guette la moindre baisse de vigilance. J’ai pris une gélule d’un stimulant à base de caféine, guarana et autres excitants – mais le plus efficace pour rester éveillé c’est quand même d’être témoins des chutes spectaculaires de certains de mes camarades. Outre les tout-droits et autres erreurs diverses et fatales dans la descente, je garde le souvenir du crash nocturne d’une demoiselle qui sur le Chemin aux Boeufs a commis une faute de carres en tête de notre peloton de quatre personnes. Par un miracle que je ne comprend toujours pas, nous sommes tous les trois passés au-dessus sans que personne ne tombe. En tout cas je ne me laisse pas aller à rêvasser – la lucidité est la condition de la survie en ces circonstances.

Le graphique ci-dessous donne une idée de l’évolution de mes performances au cours des 24 Heures. Les creux importants indiquent les pauses :

Mes patins me font quand même systématiquement mal au bout de quelques dizaines de kilomètres. Une petite pause avec les boucles désserrées me soulage, mais ça finit par faire trop de pauses et trop de souffrance quand je cours après le chrono et que je ne m’arrête pas. La douleur a pour origine l’écrasement permanent de mes doigts de pieds extérieurs. Elle remonte progressivement le long des phalanges et metatarsiens jusqu’à donner l’impression que le coup de pied (tarse antérieur pour les intimes) fait mal – mais il n’y est pour rien vu que même largement desseré au niveau du coup de pied la douleur apparait de la même manière. Même si techniquement, je suis ravi des M100 – le compromis entre performance et confort me convient tout à fait – je crois bien que je n’ai tout simplement pas le “pied Fila” et le gonflement des pieds lors d’un effort de longue durée n’arrange rien… Pour la prochaine édition il me faudra leur trouver des remplaçants. Pour cette année j’ai perdu beaucoup de temps en petites pauses et j’aurais pu avoir plus de plaisir à ne pas ête torturé par mes patins.

La clé de ma course fut sans conteste la gestion de l’acide lactique. L’année précédente j’avais emporté un cardio-fréquencemètre. C’est un outil intéressant en équipe où chaque tour est un sprint pendant lequel on va chercher les limites cardiaques. Mais en solo on reste à des fréquences basses – la limite est musculaire et non cardiaque. Le jeu est donc de pousser aussi fort que possible tout en évitant que l’accumulation de l’acide lactique musculaire n’atteigne le seuil de déclenchement de crampes difficilement réversibles. Je crois que je commence à bien sentir ce jeu là – et je m’autocongratule de mes compétences. Je passe le reste de la journée entre 13 et 14 minutes au tour, m’offrant même le luxe d’accélérer sur la fin ! Mais les montées de l’après-midi ont quand même lieu à un rythme particulièrement lent – mine de rien je ne suis plus très frais. Notons tout de même que la température était exceptionnellement modérée pour la saison – sous un soleil aussi écrasant qu’en 2006 ce dimanche eut été nettement plus difficile..

Sur la piste, les solos sont identifiés par leur dossard spécifique et les autres coureurs ne manquent pas de les encourager. Au milieu de l’effort je répond souvent évasivement mais je n’en pense pas moins : ces encouragements m’ont beaucoup aidé en contribuant au soutien de mon moral. Se sentir faire partie d’une élite qui suscite l’admiration m’a aidé à continuer à focaliser mon énergie pour aller au bout de cette performance. Les quelques dizaines de solos sont noyés au mileu des centaines d’équipes, mais je crois qu’ils détiennent l’esprit de cette course si particulière – et je me suis senti honoré d’en faire partie. Par rapport aux coureurs membres d’une équipe, la moyenne d’age est beaucoup plus élevée. Je crois que ce n’est pas un hasard : les équipes se distinguent par des conditions physiques pointues et une technicité élevée, tandis que l’atout des solos c’est leur condition psychologique qui transcende leur age et leur condition physique. Sur la piste, les solos ressemblent moins à des athlètes qu’à des alpinistes ou des marins au long cours. D’ailleurs, les raids que pratiquent bon nombre d’entre eux le reste de l’année tiennent plus de la grande randonnée que de la course – mais ce rythme paisible est trompeur car il faut savoir durer dans l’adversité et je reste admiratif de tous ceux qui le font avec un sourire indéfectible.

Il est un peu plus de onze heures et je jette un coup d’oeil au classement…. 71 tours – mon objectif initial est atteint. Je m’octroie royalement une petite heure de pause déjeuner et je repart gonflé à bloc vers midi : il me reste quatre heures à courir – on aperçoit le bout du tunnel et à partir de maintenant tout ce que je fais c’est du bonus par rapport à l’objectif et c’est un record personnel. La fatigue se fait nettement sentir mais c’est l’euphorie de la performance qui prend le dessus.

Je vois des solos se rassembler pour finir ensemble, mais grisé par ma performance je préfère continuer à pousser à fonds. Je passe la ligne – et c’est fini… Après 24 heures de course soudain tout s’arrête et on a du mal à y croire. Je rejoins au ralenti la tente des solo, je bois et je reste là assis hébété et ayant du mal à croire que je l’ai fait. J’entends parler des performances monumentales de Rphil (LOU solitaire) et de Thibaut De Jean juste derrière et j’ai du mal à imaginer comment ils ont fait. J’ai vaguement mal à la tête, un peu de mal à marcher et mes facultés intellectuelles sont probablement réduites à leur plus simple expression. Mais je suis heureux et fier – et c’est avec un sourire intérieur derrière ma mine défaite que je remballe mon matériel avant de prendre le chemin du campement.

Vingt-quatrième avec 89 tours soit 372 kilomètres cette année… Pour 2009, l’objectif est évident : dépasser les 400 kilomètres – et pourquoi pas un jour les 100 tours… Il semble que ce soit maintenant à ma portée, mais je ne sais pas encore comment…

Ci-dessous le détail de ma course (les pauses surlignées en jaune). Le tableau et le graphique sont tous deux disponibles sous la forme de la feuille de calcul à l’aide de laquelle je les ai produits :

Temps de pause total 03:02
Nombre de pauses 9
Temps hors pause 20:57
Moyennes hors pauses 00:12:32 20,26
Moyennes totales 00:16:14 19,03
Tour Temps écoulé Heure Temps par tour Vitesse (km/h) Ecart positif à la moyenne brute Temps de pause estimé
1 00:13 16:15:58 00:13:25 19 23:57
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